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Source : CNIL
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J’évoque ici souvent le déni de réalité qui nous frappe sans retenue dès que nous devons affronter quelque chose qui remet nos habitudes en question. Je suppose que les gens qui se soucient du fonctionnement de notre cervelle et de ses logiciels ont dit beaucoup sur ce mécanisme individuel de défense permettant d’éviter angoisse ou souffrance. Mais qu’en est-il au plan collectif ? Les raisons de botter en touche ne sont-elles que psychologiques ?
Je viens de regarder avec beaucoup d’attention un documentaire sur Arte, « Les coulisses du pouvoir ». Très américano-centré, il met en avant une réflexion sur les guerres perdues, sur l’inaction en toute connaissance de cause des décideurs politiques lorsqu’ils ont été confrontés aux génocides survenus depuis 1945 alors qu’on pensait avoir payé le prix fort pour les éviter. A base d’interviews des grands acteurs de chaque événement, essentiellement américains, il révèle leurs regrets de n’avoir rien pu faire sur le coup pour empêcher le pire. C’est plutôt dur et illustré par des images emblématiques et ignobles de ces crises de folie. Sont évoqués le Rwanda, la Yougoslavie, la Syrie, la Lybie, le Liban… En fait, tout part souvent d’un déni de réalité lié à une méconnaissance du sujet, à une arrogance qui aveugle, à un comportement d’apprenti-sorcier, à l’indécision chronique, mais pas que. Ce qui transparait de la relation des faits et des propos des acteurs, c’est que tout est verrouillé par les organisations au travers desquelles on doit passer pour approcher la réalité. Les états, les institutions internationales, les milices partisanes, etc. Lorsqu’il y a urgence, toute organisation n’est que barrage. On ne peut pas intervenir comme ça dans un pays souverain, comme la police lors d’une bagarre de bal. Il faut être légitime, voilà le grand mot et pour cela, il faut d’abord avoir une vision claire de la situation, ce qui est loin d’être souvent le cas. Ainsi, même lorsque les acteurs de terrain voient venir l’horreur, leurs avertissements rencontrent un écho qui est bien vite éteint par les forteresses organisationnelles qui s’opposent à toute réaction de vive force. La frustration des interviewés est sidérante. Pas un n’a osé transgresser la malédiction de la non-action pour cause de paperasse. Je rappelle que parmi eux, parlent d’anciens présidents, secrétaires d’état ou chefs d’état-major ! Pas des perdreaux de l’année mais des gens disposant d’une puissance largement suffisante pour faire entendre raison aux coupeurs de route ! Mais non. L’imbroglio diplomatique est tel qu’il y aura toujours un opposant pour tout faire capoter, pour des raisons souvent inexpliquées, juste pour emmerder le monde ou marquer son territoire d’influence. Tant pis pour ceux qu’on découpe à la machette. Parallèlement, je suis en train de lire la biographie du général Leclerc, par Jean-Christophe Notin. Je ne découvre pas le héros de Koufra ni sa trajectoire hors norme d’OVNI militaire, mais, interpellé par ce que j’ai vu de lui dans le second film « la Bataille de Gaulle », j’ai voulu en savoir plus. En détail. En fait, c’est le parfait contre-exemple de ce que je viens d’écrire plus haut ! Ce personnage extraordinaire, capitaine évadé de Dunkerque en mai 1940, général d’armée en 1946, mort fin 1947, étoile filante de la France Libre, a construit sa carrière bouillonnante par une suite d’initiatives prises en danger sur le terrain à vue de l’action, en tordant le bras aux ordres reçus au nom d’un pragmatisme réactif qui lui a permis souvent de déborder et l’ennemi et sa hiérarchie ! Car il avait compris que dans les situations tordues, c’était comme le feu pour les pompiers : pour l’arrêter, une minute, un verre d’eau, deux minutes, un seau, trois minutes, un fleuve ! Comment un tel comportement a-t-il été possible et toléré ? D’abord parce que les résultats étaient là. Ensuite parce que ses supérieurs étaient eux-mêmes dans des situations demandant de la réactivité au détriment du respect scrupuleux des règlements. Leclerc osait tout pour obtenir ce qu’il savait nécessaire à la réussite de sa mission, auprès des Français libres, des Anglais, des Américains ! Nonobstant des mentalités et usages bien différents. Car il avait prouvé que sa méthode, pour le moins cavalière – c’était un cavalier – marchait et qu’avec trois fois rien, il faisait trois fois plus car il ne perdait pas de temps, jamais. L’impatience comme vertu cardinale ! A ce titre, la comparaison avec l’armée de Vichy revenue aux affaires début 1943 est saisissante ! Qui saurait extraire la substantifique moelle de cette méthode pour l‘appliquer quand il y a le feu ? |
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