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Source : CNIL
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Drôle de titre, direz-vous. Il m’est venu à la suite d’une longue série d’observations menées depuis des lustres, certaines remontant à l’école, d’autres de ma vie professionnelle, certaines des mondes militaires et scientifique qui ne me sont pas étrangers. Des observations du même tonneau nourrissent régulièrement les colonnes du Canard Enchainé que certains lecteurs appellent au secours lorsqu’ils ne parviennent plus à se sortir d’imbroglios paperassiers dont notre pays est un spécialiste avéré.
Je parle ici d’observations des processus et autres procédures constituant les relations des individus que nous sommes avec les organisations que nous avons créées, souvent depuis fort longtemps et pour de bonnes raisons. Des relations pas toujours sereines et apaisées, loin s’en faut. Nous chérissons tous quantités de souvenirs devenus plaisants avec le temps, de faits qui nous avaient hérissés le poil en leur temps, relatifs à des prises de becs avec ces fameuses organisations rétives à nos explications mal reçues par un personnel souvent sourd à tout compromis. Où notre libre arbitre et notre liberté individuelle se heurtait à des murailles vertigineuses ou érigées en forme de labyrinthes sans issues. Qui ne s’est pas découragé à réunir des tas de papiers rejetés dédaigneusement par un préposé affirmant qu’il en manquait encore un, qu’il soit ou non cité dans la liste. Ou à tourner en rond dans une procédure informatique en forme de rond-point à la Raymond Devos, celui qui n’a pas de sortie… En bon mécanicien, j’ai très vite compris que tous ces systèmes, procédures et autres exigences administratives, idéalement construits pour donner satisfaction à leurs utilisateurs, grippaient malencontreusement au moindre grain de sable, faute de jeu qui, je le rappelle ou vous l’apprends, est l’âme de la mécanique. En seconde approche, il semble que ce jeu ne soit pas du tout prévu et que le fonctionnement des usines à gaz issues de notre propension à compliquer les choses simples, était entre les mains des opérateurs modulo leurs états d’âme. Ce qui rend très humaines ces machineries voulues impersonnelles. J’ai vécu nombre de situations compliquées dont l’issue a dépendu de la relation établie dans l’urgence habituelle en de tels cas, avec la personne qui avait la solution en main. Là, on sort des sciences dures pour entrer dans un monde bien plus flou, dépendant du pied dont on s’est levé le matin, des querelles de petit déjeuner avec le conjoint, du type qui vous a fait une queue de poisson ou de votre patron aussi mal luné que la veille… Combat de rencontre et de conduite, donc, difficile à mener pour les obsédés de la planification ! Étonnement, cela peut très mal ou très bien se passer. J’ai pas mal d’exemples des deux cas, dont certains peuvent sembler surréalistes. La plage des possibles est donc de la taille de la baie d’Audierne ! J’ai par contre le sentiment que cela coince de plus en plus, dans tous les domaines, public ou privé et que cette tendance est corrélée avec le mépris grandissant dans lequel sont tenus les travailleurs de toutes nature dans un univers économique clairement ennemi des créateurs de valeurs qui font pourtant sa fortune et qu’il cherche à éliminer autant que faire se peut pour échapper aux contraintes induites par leur humanité, bien plus couteuse que le coup de burette à donner de temps en temps à la machine qui pourrait les remplacer avantageusement… Et donc, des gens qui se sentent mal au travail, travail souvent dépourvu de sens, expriment leur désarroi dans une sorte de grève du jeu et tout coince. On aurait tendance à dire que beaucoup ne font plus leur boulot, s’en fichent et vogue la galère. Le fait qu’on puisse encore vivre des situations très positives tend à prouver que ce n’est pas aussi simple, que nous sommes tous touché par la dérive inhumaine du monde économique qui déteint partout y compris dans l’administration dont les agents harassés d’un mépris général, peuvent être tentés d’envoyer balader tout le monde. Et comme d’habitude, les vrais responsables d’une telle situation sont si loin dans leur bulle, tellement concentrés sur leurs tableaux Excel qu’ils ne se rendent compte de rien, l’Humanité ayant disparu derrière les colonnes de chiffres. Il existait dans le passé une forme d’éthique du travail, informelle, non écrite par les gens qui étaient fiers de leur emploi quelle que soit sa dureté, simplement parce qu’ils savaient à quoi il servait. Le mépris contemporain a balayé tout cela, le fonctionnement de tout l’ensemble ne reposant que sur la bonne ou mauvaise volonté gratuite des usagers et agents. Le système, lui, s’en fout. |
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