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Source : CNIL
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La détestation de l’autre, le différend qui ne nous ressemble pas, qui tombe du ciel dans notre jardin sans crier gare, semble bien être une constante de notre histoire humaine. Même si on a besoin d’eux, la détestation de ceux d’ailleurs reste. C’est plus fort que nous.
Est-ce une manifestation de notre ADN, de notre câblage neuronal, de la culture dans laquelle nous avons grandi, de la mode, des circonstances ? D’un peu de tout à la fois ? Quoi que ce soit, c’est une peste qui empoisonne nos relations, difficilement combattue dans les différentes sociétés humaines, soit par l’invention de traditions d’accueil, soit par le repli étanche sur soi, soit par un mépris cosmique ou une indifférence du même tonneau. Un combat souvent perdu d’avance faute d’énergie pérenne… Ce penchant qui assiège nos consciences sans répit nous conduit à des comportements et situations absurdes en regard de la réalité. Ceux qui deviennent les boucs émissaires de tous nos malheurs sont ainsi déshumanisés et promis au sort le plus funeste dans l’indifférence générale du troupeau de moutons de Panurge que nous savons si bien devenir lorsque notre bon sens perd pied. A minima, les mêmes sont tolérés dans une hypocrisie qui n’interpelle pas une seconde tous ceux qui parviennent à échapper aux pires obligations, contraintes et corvées, simplement en s’en déchargeant sur eux. L’histoire connue de notre espèce regorge d’exemples, tous plus ignobles les uns que les autres, montrant bien que ce mal est universel, les victimes d’hier devenant avec la plus grande facilité, les oppresseurs du jour. Sans se poser la moindre question. Avec la puissance d’un phénomène de groupe obéissant à des règles inhumaines. Je crains cependant d’observer que notre époque campe efficacement sur la plus haute marche du podium de l’infamie, aidée en cela par une mobilité des individus bien supérieure à tout ce que l’Humanité a connu et par une connaissance instantanée de tout ce qui se passe partout. Progrès technique et politique aidant, les populations se mélangent comme jamais en dépit des gouffres culturels qui les séparent, comme si, principe entropique aidant, elles étaient sur le chemin menant à un grand meltingpot d’où elles jailliraient moyennées et métissées, toutes différences dispersées dans la masse. Chemin cependant miné tant cette perspective exacerbe les résistances culturelles. Je ne suis pas sûr que la disparition des différences dans une grande soupe indistincte soit une bonne chose même si elle pourrait entrainer un apaisement des conflits permanents. Elles sont la richesse de notre espèce, elles créent la dynamique de son évolution vers le meilleur ou le pire, nous laissant le choix entre le bouillonnement ou l’extinction de la pensée. Une autre influence, hélas bien plus inquiétante, se manifeste de façon sournoise, celle de l’individualisme comme effet secondaire de l’idéologie néolibérale marchande qui s’impose de plus en plus puissamment à tous les passagers de la planète. Une idéologie construisant des individus-Dieu tout-puissants, se croyant libres de tout donc ennemis de tous, une idéologie qui atomise les racines du racisme à tel point que le combattre devient impossible par construction. Les cultures des différents groupes humains ont tendance à les compartimenter dans des espaces sociaux ou leur langue, leurs croyances, leurs traditions sont les principaux marqueurs d’identité. Lorsque les individus se mettent de fait à réfuter tout cela en faveur d’eux-mêmes, seuls au monde, le racisme anti-autre les conduit à un repli sur soi agressif menant tout droit à la destruction de la notion de collectivité et à un état dont l’Humanité ne se remettra pas. La religion du fric et du business à tout prix a un impact qui devrait épouvanter tout individu parvenant à lever un instant le nez de son portable. Mais non, visiblement, tout le monde se fout de savoir ce qu’il risque d’advenir demain, seul le présent semblant exister, le passé est oublié instantanément et le futur immédiat réduit à la conséquence d’une spéculation boursière réussie. Ainsi, le racisme sous forme d’interaction entre groupes culturels est en train de devenir un poison mortel pour ces mêmes groupes dans le grand délitement de l’Humanité en une mosaïque d’individus. |
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