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Source : CNIL

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SUJET : Y mettre les mains

Y mettre les mains 23 Avr 2026 17:02 #2765

Comme vous avez pu vous en apercevoir en lisant mes petits textes, je suis frappé d’une délicieuse malédiction : curieux de tout, spécialiste de rien, adepte du zoom arrière et des chemins de traverse.
Malgré cela, je ne suis pas pour autant un toutologue, du modèle qui sévit sur les chaines d’information continue, je ne livre que mes réflexions, sujettes à caution et à débat, qui construisent petit à petit ma vision du monde et de ses enjeux. C’est un questionnement permanent ne devant en aucun cas mener au dogmatisme ou à la pensée unique. Du moins, j’espère.
La plupart de mes réflexions dérivent d’un mélange d’expériences personnelles et de tentatives de leur élargissement à d’autres contextes. J’ai la chance d’en avoir vu de toutes les couleurs, ce qui ne couvre toutefois pas l’ensemble du champ de ce qui peut nous arriver. Il y a donc beaucoup de trous dans ma raquette, ce qui me pousse souvent à me mettre à la place de ceux que j’écoute ou que je lis.
La question de ma légitimité à réfléchir à propos de situations que je n’ai pas vécues, d’en faire de véritables expériences de pensée, se pose alors. Et pas qu’un peu, même si, au hasard de ma vie, j’en ai rencontré de pas piquées des hannetons.
Dans ce cas-là, la conscientisation des faits est une démarche bien différente de celle consistant à mettre un peu de théorie sur un vécu personnel. Il est plus difficile de se sentir concerné par ce qui ressort d’une expérience étrangère, cela pousse à chercher des résonances et des parallèles qui vont enrichir cette recherche et peut-être justifier un nouvel engagement si j’ai les moyens de l’honorer.
Cependant, avec le recul, il apparait que ce que l’on peut tirer de l’expérience personnelle est bien plus puissant et motivant. Ici, le chemin menant à l’engagement, quel qu’il soit, a été parcouru, son souvenir faisant foi, heureux ou cuisant, c’est selon. Mais toujours précieux et enrichissant, ouvrant des perspectives menant à des choix moins hasardeux même si pas parfaitement pertinents et ainsi de suite. Le fait d’avoir mis les mains dans le réel, d’y avoir parfois engagé le sort de son propre corps, de sa crédibilité sociale et amicale, fonde solidement toutes les réflexions qui peuvent en émerger.
Je prends un petit exemple amusant : je ne suis pas forgeron, mais je l’ai été un peu, je m’y suis essayé sous la houlette de mon père puis plus tard à l’école. Brève expérience mais porteuse de constats assez uniques. Un marteau, c’est lourd, très lourd même, après une centaine de coups. Pour mettre au carré un bout de fer rond sortant de la fournaise, il faut une attention permanente, pour doser, bien viser le point d’impact, ne pas taper à côté, mélange de force brutale et d’attention absolue. La distraction se paie cash, ça rebondit, ça gicle d’étincelles bien moins sympathiques que ne le suggère leurs gracieuses trajectoires… Et puis, c’est chaud brûlant, gare aux réflexes ici idiots s’ils négligent l’alerte rouge du métal ! Et que dire des torsades à froid, le métal pas d’accord du tout qu’il faut convaincre en force – ici le mot prend tout son sens – de ne pas partir en tire-bouchon, qu’il faut compter pour qu’elles se ressemblent, pas de recours possible à la distraction…
J’ai même essayé le marteau-pilon, machine exigeante génératrice de furieux coups de fouets dans les bras si vous ne présentez pas la pièce bien à plat alors qu’elle vous impose son propre rythme dans un raffut vulcanien ! Impressionnant, l’engin…
Alors, lorsqu’on me dit que c’est en forgeant qu’on devient forgeron, ça me parle très fort. C’est rentré par mes mains et mes bras, ça fait mal souvent mais plaisir aussi d’avoir créé quelque chose dans de telles difficultés. Créer, ce n’est jamais anodin et facile en soi, c’est le produit d’efforts, de souffrances, de concentration, d’un engagement à oser tenter et au mieux à aller au bout.
Ainsi, et nous vivons tous ce phénomène, nous nous engageons de manière complètement instinctive, empirique ou au jugé, dans des aventures souvent rugueuses dont les fruits nous régalent toute notre vie. Que serais-je aujourd’hui si les rayons de ma bibliothèque mentale ne ployaient pas sous les lourds volumes de mon vécu d’alpiniste, de menuisier métallique comme apprenti à patron, de fantassin, de soldat à officier supérieur sans oublier bien sûr une vie familiale à la fois complexe (le mot est faible !) et exaltantes, tous mes amis au cours du temps, si chers, toujours là, tout ce que j’ai pu faire, écrire ou raconter. Des volumes qui n’appartiennent qu’à moi et qui s’évaporeront dans le lointain avec moi. En attendant, quelle ressource où puiser tant et tant à confronter au monde qui évolue afin de l’empêcher d’échapper à mon entendement et de peser à ma modeste échelle.
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